Regard sur le parcours d’Olivier Marchand, promotion 1947

Noit Poésie 2

Par Danièle Bélanger

Le poète Olivier Marchand est un homme brillant et cultivé, s’exprimant avec éloquence.

Notre ancien affirme avec chaleur qu’il a eu de bons parents. Son père qui n’avait pas eu la chance de faire de longues études, mais qui avait une immense volonté d’apprendre, a initié son fils à la musique et à la littérature en l’amenant au concert et en lui permettant de consulter les livres de sa bibliothèque.

Jeune homme réservé, Olivier Marchand écrivait son journal. Au Mont-Saint-Louis qu’il a fréquenté de 1940 à 1947, il a rédigé plusieurs textes et poèmes, dont certains ont été publiés dans la revue MSL. Si son premier contact avec la littérature s’est fait à la maison où des livres de Victor Hugo étaient notamment accessibles, les frères des Écoles chrétiennes ont permis au jeune homme de découvrir tout un univers littéraire et poétique. Dans ses archives personnelles, nous retrouvons le Programme de littérature française de Première scientifique pour l’année 1946-1947. À l’étude, les symbolistes : Baudelaire, Mallarmé, Verlaine, Rimbaud, Claudel, Péguy et Valéry et les prosateurs contemporains : Bourget, Bazin, Bordeaux, Bernanos, Ghéon, Saint Exupéry, Duhamel et Mauriac.

La vie religieuse occupait une place importante au Mont-Saint-Louis. Notre ancien se souvient : « on se retrouvait souvent à la chapelle où l’on avait plaisir à s’égosiller dans divers cantiques… Il fallait aussi aller à confesse; l’aumônier, l’abbé Beaudin, était sévère; c’était péché de lire des ouvrages à l’index, du Zola, du Renan et même du Victor Hugo, l’auteur préféré de mon père… je subissais ces contraintes sans révolte, comme la plupart de mes condisciples… »

Aujourd’hui, notre ancien témoigne de l’excellence de l’encadrement qu’il a reçu au Mont-Saint-Louis, qui lui a permis de devenir ce qu’il est et il se souvient des cours de littérature, française et anglaise, qui lui ont été donnés. Étudier le « Hamlet » de Shakespeare dans le Québec de l’époque n’était pas si commun… Enfin pour lui, l’apprentissage de la langue anglaise aura été plus qu’utile, ce fut la grande source de son gagne-pain.

1947 est une année charnière; il rencontre Gaston Miron, dans les mois qui ont suivi son passage au MSL. Le jeune homme cherchait alors à mieux ordonner sa vie et l’Ordre de Bon Temps, un mouvement issu de la Jeunesse étudiante catholique, l’a aidé à avancer. Puis il y eut le scoutisme avec le Clan Saint-Jacques.

En 1950, il rencontre Mathilde Ganzini, qui deviendra son épouse en 1953, la même année que la publication de Deux Sangs en collaboration avec Miron. Marchand et Miron ont des affinités et ils se lient rapidement d’amitié. Ils publient ensemble un premier recueil de poésie en fondant les Éditions de l’Hexagone avec Mathilde Ganzini, Gilles Carle, Louis Portugais et Jean-Claude Rinfret. Deux Sangs compte 27 poèmes d’Olivier Marchand et 17 poèmes de Gaston Miron.

Dans le livre Jeunesse et poésie. Christine Tellier s’intéresse aux six membres fondateurs de l’Hexagone. Elle écrit : « Nous allons débuter par l’histoire d’Olivier Marchand, qui joua un rôle de catalyseur dans la création du réseau à l’origine de l’Hexagone ». En effet, c’est notre ancien qui a invité Miron à se joindre à l’Ordre de bon temps, permettant la rencontre avec les quatre autres membres fondateurs de la future maison d’édition. Aujourd’hui, Olivier Marchand n’a que de bons mots pour son ami Gaston Miron qui a eu un grand renom.

De son aveu même, Marchand n’est pas un finissant modèle du Mont-Saint-Louis. Il ajoute candidement qu’il a eu une carrière un peu chaotique. Écrivant de la poésie depuis l’adolescence, il aura finalement gagné sa vie comme traducteur et rédacteur. Le fin lettré, l’homme à l’intelligence pétillante a néanmoins plus de 70 années d’écriture derrière lui…

Ses publications : Deux Sangs (1953), Crier que je vis (1958), Silex 2 (1960), Par détresse et tendresse, précédé de Deux Sangs et Crier que je vis; poèmes, 1953-1965 (1970).

Olivier Marchand et sa femme Mathilde Ganzini ont eu quatre enfants. Les heureux souvenirs de la vie à deux et de la vie de famille sont nombreux. La famille Marchand a aussi accueilli et assisté deux jeunes filles d’origine étrangère qui ont vécu un certain temps sous son toit et ont tissé de profonds liens d’amitié avec le clan Marchand. Le couple Marchand-Ganzini a vécu une trentaine d’années dans les Laurentides, au bord d’un lac, profitant de ce très bel environnement pour faire plusieurs activités en plein air.

Octobre 2017, l’AAMSL remet à Olivier Marchand quelques-uns des textes qu’il a signés, il y a plus de 70 ans alors qu’il fréquentait le Mont-Saint-Louis. Le lendemain, il a la délicatesse d’écrire : « Que de retours en arrière à la lecture de la revue MSL dont j’avais complètement perdu souvenir… Émotivement, cela représente quelque chose… En somme, le Mont-Saint-Louis fut un lieu très formateur où régnait une belle discipline dans un cadre unique au cœur de la ville… Pour des centaines, des milliers de jeunes gens, le bâtiment de la rue Sherbrooke fut un lieu privilégié, permettant de réaliser le meilleur… Vivere! »

Épilogue heureux

Le poète confie à l’AAMSL le recueil de poèmes Par détresse et tendresse. Sur la page de garde, une dédicace :

Dédicace Par Détresse et tendresse

Dedicace MSL (2)

Rencontre avec un poète
Le 18 octobre 2017, j’ai eu la chance de passer un moment avec un homme à l’esprit vif qui excelle dans l’art de la conversation. L’AAMSL a enfin renoué avec un homme de lettres qui a joué un rôle important dans le développement du monde de l’édition de la poésie au Québec. Monsieur Olivier Marchand appartient pour toujours à la communauté des anciens du MSL.
DB

Olivier Marchand Le Devoir

© François Pesant, Le Devoir

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