Regard sur le parcours de Jean-Pierre Davidts

Jean-Pierre Davidts, promotion 1970

Conteur et romancier, Jean-Pierre Davidts écrit depuis une trentaine d’années. Il a fait paraître au-delà de quarante titres en plus d’avoir publié dans différentes revues littéraires. Même si ses récits comportent souvent une touche d’humour, l’auteur ne prend pas la plume à la légère et son style imagé, très visuel, n’enlève rien à la qualité de l’écriture. Nul doute que Jean-Pierre Davidts est animé par la justesse des mots, mais il précise que ce qui l’intéresse par-dessus tout c’est « la mécanique du texte, l’ingéniosité de la construction, la beauté de la formule, la curiosité de l’intrigue. »

En 1987, son conte Griffedor et le dragon remporte le premier prix du concours d’écriture du Salon du livre de l’Outaouais. En 1995, il gagne le prix de la relève en littérature jeunesse Monique-Corriveau pour Contes du chat gris. En 2005, son livre Le Baiser de la sangsue est finaliste pour le Prix du Gouverneur général dans la catégorie littérature jeunesse de langue française. Jean-Pierre Davidts est aussi l’auteur de la série Les Mésaventures du roi Léon, qui comprend 17 titres, et il a publié sept tomes de la saga fantastique Les Sept larmes d’Obéron. Son livre Le Petit Prince retrouvé, paru en 1997, a connu un grand succès. Depuis 2008, l’auteur, qui a aussi publié un ou deux polars dans des collections adultes et jeunesse, collabore à l’occasion avec Soulières Éditeur. D’ailleurs, un nouveau Léon sortira à la fin de l’année alors qu’un autre est en chantier.

À propos de ces reconnaissances, l’écrivain confie : « Un lecteur qui me fait part avec enthousiasme du plaisir qu’il a ressenti en parcourant les pages d’un de mes opus me comble plus que tout honneur qu’on pourrait récolter, même si je ne suis pas insensible à de telles palmes. Peut-être parce que je m’enflamme moi-même rapidement au fil de certaines lectures et que j’adore partager cette passion. »

Si, dans ses récits, Davidts met parfois en évidence des aspects cocasses et insolites de la réalité, on perçoit aussi ce sens de l’humour chez l’homme à l’aspect calme et réfléchi. Le scientifique à l’apparence sérieuse, l’écrivain à l’allure réservée ne boude pas son plaisir en répondant à quelques questions.

Quel est le lien entre votre métier de traducteur et votre travail d’auteur ? La plume (ou l’encre, selon l’angle où on se place). Un mot sur le processus d’écriture, le vôtre : Je n’en ai aucun, dommage. Un mot sur l’importance de la littérature, de la lecture, pour vous, pour les jeunes notamment : L’évasion (et Dieu sait qu’on en a besoin de nos jours). On dit que votre amour des animaux imprègne votre œuvre… : J’ai cinq chats et je passe mon temps à leur ouvrir la porte. Ça résume bien la situation. Vous êtes probablement plus connu comme auteur jeunesse, qu’est-ce qui vous a amené là ? : Mon refus de vieillir (malheureusement, le corps ne suit pas).

La famille Davidts est arrivée au Québec en 1961. Originaire de Belgique, le couple s’est installé dans les Basses-Laurentides avec ses trois garçons. Jean-Pierre, l’aîné, inscrit en classe de 6e à l’école Jacques-Labrie, se distingue rapidement par ses aptitudes supérieures à la moyenne. C’est le père de famille, soucieux du parcours scolaire de ses enfants, qui fera la démarche nécessaire pour inscrire son fils au Mont-Saint-Louis. Le jeune de douze ans fera son entrée au collège  en septembre 1962 en Éléments latin (8e) plutôt qu’en Éléments français (7e). Ses frères Robert et Jacques le fréquenteront eux aussi par la suite. Le trajet pour se rendre au Mont-Saint-Louis durait deux heures et le garçon a intégré à son horaire ces quatre heures de transport quotidien.

Cinquante ans plus tard, plongeant dans le passé, Jean-Pierre Davidts évoque les noms de quelques enseignants. Le frère Ménard (Isidore de son véritable prénom) en versification, qui lui a fait aimer le français, le frère Alfred en anglais, madame Chlumecky, en littérature également, et Alexandre Feimer, qui lui a enseigné la physique. Notre ancien se souvient avoir joué dans la pièce Les deux sourds de Jules Moinaux, présentée dans l’amphithéâtre du collège sous la supervision de Vallon Legendre, un professeur de diction aussi responsable de la troupe de théâtre. Enfin, il se rappelle une expérience de physique ayant pour objectif de mesurer l’accélération et décrit avec amusement une utilisation originale que son partenaire de laboratoire et lui avaient imaginée, provoquant l’intervention du frère Herménégilde, le préfet de discipline.

Davidts a fréquenté le Mont-Saint-Louis de 1962 à 1970. Au cours de ces années, le jeune homme s’est lié d’amitié avec des camarades de classe ayant des intérêts semblables aux siens. C’est ainsi que le midi, ils se retrouvaient notamment pour jouer aux cartes. Jean-Pierre Davidts a beaucoup lu et écrit pendant cette période, indépendamment des exigences scolaires. Il fréquentait la librairie Tranquille, située sur la rue Sainte-Catherine non loin du Mont-Saint-Louis. À l’époque, ses écrits se résumaient à de simples pensées couchées sur le papier, sans objectif précis. Ces années de collège, il les a vécues au moment où la jeunesse étudiante était en ébullition. Le grand mouvement social issu de la France prenait place, c’était une époque de manifestations, la mixité s’invitait dans les institutions collégiales. À Montréal, c’était le moment de l’Expo 67 et de la construction du métro. Ces impressions d’une ville en effervescence et de changements de mentalités côtoient les souvenirs de ce passage au MSL. 

Après l’obtention du baccalauréat ès arts au Mont-Saint-Louis (1970), le jeune homme a fait des demandes d’admission à la faculté de médecine, à la faculté des sciences et à l’École polytechnique de l’Université de Montréal. Accepté dans les trois, il choisit de poursuivre ses études en sciences et complète un baccalauréat en microbiologie. Son parcours universitaire se termine par une maîtrise en traduction aux HEC, dans le cadre d’un programme spécial de bourses fédérales en compagnie d’autres scientifiques. Happé par la vie, il n’en rédige toutefois pas le mémoire de thèse.

De 1975 à 1984, le jeune homme travaille comme traducteur puis réviseur pour le Secrétariat d’État, à Ottawa. Ces premières années sur le marché du travail évoquent aussi de très beaux souvenirs. Davidts parle d’un milieu dynamique et stimulant, et se souvient qu’il était entouré de collègues brillants. Entre-temps, le traducteur commence à s’intéresser plus sérieusement au processus de création et en 1982 il participe à un atelier d’écriture sous la direction d’Élisabeth Vonarburg à la suite duquel il publie une première nouvelle dans la revue Solaris.

Jean-Pierre Davidts, qui a développé une expertise en traduction scientifique, travaille maintenant à son compte. Il vit dans les Laurentides depuis une dizaine d’années avec Patricia, son épouse, et se consacre à la traduction, comptant parmi ses clients le Conseil national de recherches du Canada, et, accessoirement, à la rédaction. Son fils de quarante ans, Nicolas, lui a donné deux petits-fils, Anthony et William, âgés respectivement de trois ans et de sept mois.  

Au Mont-Saint-Louis, notre ancien a profité de l’enseignement de professeurs qualifiés et passionnés. L’influence de certains a sans doute contribué à façonner l’esprit d’un homme talentueux tant dans le domaine des sciences que des lettres. Animé par son amour de la lecture et sa curiosité, Jean-Pierre Davidts semble avoir une profusion d’idées qui l’inspireront peut-être à poursuivre son œuvre. Espérons que sa volonté d’écriture perdurera et qu’il continuera à nous divertir de son imaginaire en jouant avec les mots pour assembler d’autres histoires.

Par Danièle Bélanger

Membres du CA 2020-2021

Louis Nolin, promotion 2000, président
Marianne Dessureault, promotion 2007, vice-présidente
Gregory Leone, promotion 2009, trésorier
Alain Bessette, promotion 1998, administrateur
Yvan Bordeleau, promotion 1963, administrateur
Antoine Eberth, promotion 2019, administrateur
Daniel Gaudry, promotion 1969, administrateur
Jean-François Lépine, promotion 1981, administrateur

Ils ont étudié au Collège

Aujourd’hui, ils s’investissent dans leur milieu

Diane Aubé 1986 : enseignante Mathématique
Danièle Bélanger 1981 : directrice de l’Association des anciens et de la Fondation
Yvan Bélisle 1990 : enseignant Science et technologie
Rose Boulanger 2012 : enseignante Éthique et culture religieuse
                                     
Marie-Noël Choquet 1997 : enseignante Français
Julie Couillard 1986 : technicienne en loisirs
Judith Courcelles 1995 : enseignante Monde contemporain
           
Geneviève Des Roches 1996 : enseignante Science et technologie
Jean-Philippe Giroux 2000 : enseignant Histoire et éducation à la citoyenneté, Monde contemporain, Éducation financière
                      
                                   
Michel Hétu 1972 : directeur des ressources financières et ressources humaines
                
Sandra Jolicoeur 1999 : enseignante Science et technologie
Dominique Laplante 1999 : enseignante Anglais
Élaine Lavoie 1978 : enseignante Français
              
Marie-France Legault 1987 : technicienne de travaux pratiques
Marc Lemire 1985 : animateur à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire
Stéphanie Marcoux 1988 : enseignante Français
           
Amélie Mathieu 2000 : enseignante Français
Luc Morin 1981 : enseignant Physique

         

Geneviève Paré 2002 : enseignante Géographie, Histoire et éducation à la citoyenneté
Marie-Ève Perrotte 1993 : professionnelle au Soutien à l’apprentissage

 

Éric Richard 1996 : enseignant Géographie, Histoire et éducation à la citoyenneté
Antoine Therrien 1996 : directeur 2e et 3e secondaire

 

 

Les Brèves Septembre 2020

Simon Telles 2011

Élu à la présidence de l’organisme Force Jeunesse. Simon travaille aussi pour Trivium Avocats en droit des organisations à but non lucratif.

 

 

Émile Barnes 2013

A fondé la CED (Communauté de l’Éducation sur les Dépendances), un organisme à but non-lucratif visant à soutenir les jeunes aux prises avec des problèmes de dépendance tout en bonifiant l’offre culturelle.

 

A fondé la CED (Communauté de l’Éducation sur les Dépendances), un organisme à but non-lucratif visant à soutenir les jeunes aux prises avec des problèmes de dépendance tout en bonifiant l’offre culturelle.

Louis-Solem Pérot 2013

Sortie de l’Album « Aux Frontières » d’Anthony Roberge, direction artistique : Louis-Solem Pérot.

 

 

Alice Girard-Bossé 2015

Récipiendaire de la bourse Fernand-Seguin 2020.

 

Paule Dagenais 2006

Lancement de son roman « Le visage d’A.B. Soloviev », Les Éditions de La Tournure.

 

Colin L. Racicot 2007

Son court-métrage d’animation « D’où viennent les lapins? » obtient l’aide de la SODEC en développement.

 

 

Patrick Francke-Sirois 2007

Son court-métrage « Atlantis » obtient l’aide de la SODEC en développement. Patrick chapeaute l’ensemble des activités de Cadadel qui a obtenu 4 nominations aux Prix Gémeaux.

 

 

Pamela Prud’homme 2007

Professionnelle scientifique à l’IRSST et première autrice du rapport sur les effets des pesticides sur les travailleurs agricoles.

 

 

Émilie Choquet 2004

Sortie de son roman « Un espace entre les mains », Boréal.

 

 

Maude Nepveu-Villeneuve 2002

Récipiendaire d’un Prix des libraires du Québec pour la jeunesse pour son album « Simone sous les ronces », illustré par Sandra Dumais, Éditions FonFon.

 

Nicholas Gildersleeve MSL 1994

Nommé directeur-général à La Casa.

 

 

Hubert Villeneuve 1995

Sortie de son livre « Teaching Anticommunism : Fred Schwarz and American Postwar Conservatism », Les éditions universitaires McGill-Queen’s.

 

 

Louis Lortie MSL 1970 à 1973

En concert à la salle Bourgie à partir du 14 octobre 2020.

 

 

Jean-François Pronovost 1973

Nommé conseiller en transport – Bureau de la transition écologique et de la résilience à la Ville de Montréal. Il a aussi occupé des postes importants chez Vélo Québec et est cœur de la création de la Route verte.

 

 

Jean-Louis Desrosiers a travaillé au MSL de 1975 à 2018

Exposition de photographies : fouvracfleury.com – Galerie CHAFOUF

 

 

Vie étudiante

Le camp d’accueil du MSL

Le traditionnel camp d’accueil du Collège s’est déroulé à la fin de l’été afin de souligner ce nouveau départ qu’est l’entrée au secondaire de nos futurs élèves. Au fil de la semaine, les groupes de première secondaire se sont succédé au MSL. Tous ont été invités à venir y passer une journée en compagnie de l’équipe de la vie étudiante et du soutien aux élèves, des moniteurs (élèves du 2e cycle) et de quelques-uns de leurs enseignants.

Certes, la version 2020 du camp d’accueil a nécessité certaines adaptations. Toutefois,  les objectifs demeurent les mêmes : nos futurs élèves ont pu faire connaissance avec les élèves de leur groupe, apprivoiser les lieux et rencontrer les membres du personnel dans une ambiance festive et estivale. Au programme de la journée : rallye dans l’école, jeux de connaissance, grand jeu, sports et activité d’intériorisation et beaucoup de sourires. On a bien hâte de se revoir à la rentrée !

Nouvelles de la Fondation Septembre 2020

Le fonds de bourse

En ce début d’année scolaire 2020-2021, consciente des besoins liés à la crise de la COVID-19, la Fondation du Collège Mont-Saint Louis fait appel à la solidarité et à l’engagement des anciens élèves du MSL pour contribuer au fonds de bourse.

Plusieurs de nos anciens élèves ont déjà choisi d’appuyer ce volet de la campagne majeure de financement.

À la Fondation du Collège Mont-Saint-Louis, la crise liée à la pandémie a entraîné de nouvelles demandes d’aide financière. Ainsi nous avons apporté une aide d’urgence à quelques familles. Tous les parents que nous avons aidés nous ont témoigné leur soulagement, leur reconnaissance et leur respect envers la Fondation du Collège. Nous savons que ces sentiments rayonneront pour toujours sur le MSL.

Chaque don compte et fait une différence

La campagne majeure de financement 2016-2021, dont Objectif est de 1 250 000 $, se poursuit.

Septembre 2020

La Fondation maintient ses opérations courantes tout en respectant les consignes émises par les autorités de santé publique. Toutefois, pour faire suite aux mesures importantes mises en place par le gouvernement du Québec afin de contrer la pandémie, la Fondation du Collège Mont-Saint-Louis se voit obligée d’interrompre temporairement la tenue d’événements-bénéfices. Nous suivons de près la situation et vous tiendrons informés des prochains développements.

Automne 2020

Encouragez la Fondation du Collège en vous procurant Le sac gourmand de la Fondation au coût 35 $

  • Miel naturel de Saint-Paul-de-la-Croix (550 g)
  • Fromages de la Fromagerie des Basques ( 800 g) : Cheddar, Héritage  et Sieur Rioux

Les détails de la campagne de financement vous seront communiqués bientôt

 

Notre histoire

Mont-Saint-Louis rue Sherbrooke : cours commercial et scientifique

Les frères enseignants souhaitaient donner aux jeunes qui leur étaient confiés une culture générale qui dépassait les strictes matières académiques.

Le journal français de New York, Le petit Figaro, du 8 août 1891 décrit avec éloquence les programmes du Mont-Saint-Louis : « L’enseignement au Mont-Saint-Louis est divisé en trois parties : le cours préparatoire; le cours commercial; le cours scientifique. […] Ce Collège est peut-être sous ce rapport le mieux organisé de l’Amérique. »[1]  Ainsi, dès les premières années, l’enseignement au Mont-Saint-Louis se divisa en deux branches, commerciale et scientifique, chacune récompensée par un diplôme.

[1] Un demi-siècle au Mont-Saint-Louis, 1888-1938, p. 294.

Un artisan du cours classique Témoignage de Jean-Claude Nolin, promotion 1944

Pour moi, les 125 ans d’histoire du Mont-Saint-Louis me rappellent que c’est sous le directorat de frère Merry-Alphonse qu’au Collège seront introduites les classes du cours classique traditionnel. C’est en 1941 qu’il est nommé directeur et il remplace le frère Anselme. Son nom civil est Jean Drouin (1898-1989) et il détient un baccalauréat ès arts et une maîtrise en philosophie. Signalons que le Frère Merry-Alphonse introduira au Collège une activité religieuse, connue sous le vocable de la Congrégation de Marie. Une fois par semaine, les élèves qui l’auront d’abord choisi seront appelés à réciter ensemble le chapelet à la chapelle.

Mais il fut particulièrement un artisan important de l’introduction des classes classiques au Mont-Saint-Louis. Ce fut un long débat parce que, depuis longtemps, les frères se sentaient privés alors que le certificat d’études ès sciences MSL n’était pas reconnu comme certificat d’admission à l’Université de Montréal. Ce certificat était cependant reconnu entre autres par l’École Polytechnique et l’Université McGill. Les démarches pour corriger cette situation se sont poursuivies pendant toute la durée de son directorat. À compter de juin 1945, les examens furent conduits sous l’autorité de l’Université en vue de l’obtention du baccalauréat de rhétorique, et ensuite de philosophie. Je fus le premier MSL à être soumis à ce processus. À la fin des années quarante alors que le Collège avait introduit l’option dite classique dans le choix des cours, le certificat dit d’études classiques, émis par le Collège, fut aussi reconnu par l’Université. Frère Merry-Alphonse avait gagné son pari. Il nous faut l’honorer pour ce développement dans l’histoire du Collège, et je lui suis très reconnaissant pour l’obtention des baccalauréats.

Extrait tiré du livre : Collège Mont-Saint-Louis 1888-2013, 125 ans d’histoire, Témoignages d’hier et d’aujourd’hui. Initiateur du projet et rédacteur : Yvan Bordeleau, Responsable du projet et rédactrice : Danièle Bélanger, Conception graphique et photo de couverture : Jean-Louis Desrosiers.


Décès de Tony Heffernan : Témoignage de Jean-Pierre Cuerrier

Plouffe HeffernanCuerrier Gauvreau
Tony Heffernan, Robert Gauvreau, Pierre Plouffe et Jean-Pierre Cuerrier

Personnellement, j’ai d’abord côtoyé Tony Heffernan pendant mes 8 années au Collège MSL; il m’a souvent aidé, à sa façon, du point de vue conditions physique et psychologique, à me préparer aux saisons de basketball. On ne disait pas non à ses entraînements, même si ça bouillait intérieurement. Une anecdote: après une pratique intense de basketball orientée sur de la contre-attaque rapide et de la course, avec coach Jean-Guy Bédard, j’étais seul dans le gymnase pour décompresser et effectuer quelques lancers, Tony y est entré et a exigé de moi des « ciel et enfer »s, au point de dégueuler; il m’a dit alors: « Tu vois, tu n’es pas en forme! » Je lui ai mentionné: « Est-ce que ça aurait changé quelque chose de vous dire le genre de pratique qui a précédé? »; sa réponse, de son franglais habituel: « Non! Mais continue de bien travailler! Je sais maintenant que tu peux en donner plus! À demain, mon ami! »

Au Collège, comme responsable de la Société Sportive en 1968-1969, je me suis retrouvé à le côtoyer également sous un autre angle. Celui d’une personne de principes, qui défendait les valeurs d’équité entre les équipes sportives et qui voyait chez les jeunes adolescents de l’art brut à peaufiner et des personnes destinées à bâtir une société future solide et non malléable à tout vent. À l’Université de Sherbrooke, il a continué la promotion de ces valeurs, entre autres face à des équipes universitaires qui dérogeaient subtilement aux règles du « fairplay » et qui faisaient en sorte que les rencontres sportives devenaient inégales. Autres temps, autres moeurs! 

De retour des mes études doctorales, j’ai eu Tony comme étudiant dans certains de mes cours universitaires. Il était vu comme l’adulte qui retourne sur les bancs d’école, mais qui a un « je ne sais quoi » qui fait réaliser que toute bonne chose a ses obstacles et que bien que la perfection n’existe pas, il est primordial d’y tendre. Il a sûrement aidé plusieurs jeunes adultes qui se cherchaient face à leur nouveau statut d’étudiant universitaire. C’était par contre un autre monde pour lui et ce ne fut pas de tout repos; il n’est pas facile pour un passionné, opiniâtre, et quelque fois entêté, d’évoluer dans un milieu si changeant des années 70’s.

Nous sommes devenus des amis, et non plus en relation joueur-coach ou professeur-élève. Des discussions animées sur l’éducation autour d’une bière ou d’un café, des sorties de jogging LSD (Long Slow Distance), des services rendus de part et d’autres (trouver un appartement pour lui et Betty à leur retour de l’ouest du pays, l’engager dans mes projets de recherche), et des rencontres festives (un peu plus tranquilles avec le temps) durant ses visites à Sherbrooke ou à Montréal, sans oublier les tournois de golf ensembles.

Avec les années, je le voyais encore plus réflexif qu’avant, se questionnant sur son passé et son présent. Nous avons souvent discuté sur les bienfaits de la méditation pour lui. Loin d’être toujours en accord, jamais il y a eu jugement, et toujours beaucoup de respect. Nos deux appels téléphoniques, le mois avant son décès, resteront gravés longtemps dans ma mémoire: confinement quelque peu difficile pour lui, mais aucune plainte formelle, quelques mots sur son amie Rose et ses anciens Kodiaks, échange d’anecdotes qui nous ont bien fait rire, toujours de bons mots pour ma conjointe, et un « Je t’aime » bien senti avant de raccrocher.

Homme passionné, homme contesté, homme bon, homme d’influence.

Il a laissé sa marque et influencé de nombreux jeunes. Il m’a déjà dit: « Je sais que je n’ai pas la vérité, mais je fonce. À chacun d’en retirer les leçons qui en feront leur vie ».

Merci, collègues, amis(es), d’avoir pris le temps de me lire.

Jean-Pierre Cuerrier, Ph.D.

Promotion 1969, MSL

Professeur titulaire à la retraite, Université de Sherbrooke

 

Adieu « Coach »!

 

Par Marcel Desroches, promotion 1970

Tout le monde l’appelait Tony, il s’appelait Anthony Heffernan. À 86 ans, il nous a quittés non sans laisser une trace indélébile dans nos cœurs.

Grand, solide, irlandais d’origine, il a dirigé, dans les années soixante, d’une main de fer l’équipe de football des Kodiaks du Collège Mont-Saint-Louis pendant presque une décennie. Avant son arrivée au Collège, il avait fait ses classes et ses preuves avec des équipes de football de Montréal-Nord, il prenait le soin de souligner qu’à l’époque le titre même d’enseignant en éducation physique n’existait pas.

Ensuite, à l’université de Sherbrooke il entraîne plusieurs équipes sportives, football, hockey, etc. Autres temps, autres mœurs : Il doit compléter ses études pour avoir le droit de continuer à entraîner des équipes sportives dans le milieu éducatif québécois. À Sherbrooke, il suit certains cours donnés par un de ses anciens joueurs, Jean-Pierre Cuerrier.  Il complète ses études à l’Université d’Ottawa où il insiste pour passer ses examens en français même s’il a le droit de les faire en anglais. Il m’a dit que ses notes en souffraient, mais qu’il n’était pas question de faire autrement, suite logique, car au Collège il insistait pour qu’on s’adresse à lui en français.

Lorsqu’il était à Ottawa, Il a dirigé un club de hockey pour jeunes. Il a eu maille à partir avec certains parents, car Tony donnait du temps de glace à chacun, avait une discipline stricte qui visait l’esprit d’équipe et non le vedettariat. À son retour à Montréal vers 1980, ses papiers officiels n’ouvrant pas toutes les portes, il était, à ses heures, peintre en bâtiment. Il a participé en 1982 à la mise sur pied de l’équipe de football Georges Vanier de Montréal avec l’aide de Luc Laurent un ancien des Kodiaks qu’il appelait affectueusement Kid. Puis il a laissé sa marque à titre d’éducateur au Centre de Jeunesse Shawbridge de 1985 à 1995, date où il a pris sa retraite. Son nom demeure gravé dans la mémoire de beaucoup de jeunes qu’il a aidés tout comme celui de ses confrères messieurs Sheldon Segal et Michel Métayer et bien entendu celui de Betty Davis sa compagne qui est décédée depuis et qu’on surnommait « The Mum of all the Kids ». Il a touché à tout, mais son cœur était à l’enseignement, à la transmission du savoir et il me disait toujours : « Ce qui est intéressant dans la vie c’est que je suis en apprentissage permanent. »

Je peux témoigner qu’il a changé avec le temps. Il était devenu presqu’un ascète où sa seule boisson était de l’eau chaude, où l’entraînement quotidien consistait à gravir les marches de sa Tour de (17) étages à répétition à pied et à faire de la méditation plus de quatre heures par jour. Il s’en voulait même de nous avoir fait tant souffrir lors de nos pratiques de football. Cela m’amène à l’essentiel : ces pratiques de football qu’il rendait plus difficiles que les parties et où il était impitoyable, où nous avons tant appris sur nous-mêmes. Sa philosophie se résumait à ceci, quand l’autre équipe sera épuisée, nous on commencera à peine à l’être. IL nous parlait constamment de fierté, il a même créé un « pride room » pour méditer avant nos parties. Le dénominateur commun à ses actions est l’amour qu’il portait à ses joueurs.  Il a toujours cru que la façon la plus efficace d’aider quelqu’un à traverser une épreuve était de lui dire qu’on l’aime.

Tony était de façon naturelle un bon enseignant et un bon pédagogue. Il a su garnir notre coffre d’outils. Il a eu dans ses rangs des Serge Bouchard, Claude Mailhot, Gilles Duceppe, Pierre Plouffe, Marc Simard, tous des champions à leur manière. Et combien d’autres comme moi Marcel Desroches qui ai utilisé ses enseignements tout au long de ma vie.


 

Comme je connaissais bien l’homme, on m’a suggéré d‘écrire un texte à sa mémoire. Je ne suis pas écrivain et pendant que j’étais à « moucher »  mes pieux de cèdres, voici comment ce texte est venu à moi.

Tout comme les Anciens, Tony avait l’œil. Il savait qu’on était fait de bon bois. Il devinait nos forces et aussi nos faiblesses. Il élaguait l’arbre, lisait la ligne du bois. Il nous obligeait à pousser droit et à bien vieillir. Pareil au choix d’un bon et solide pieu de cèdre, pour être sûr qu’on ne brise pas quand on nous masse sur la tête, il a fallu « moucher » l’extrémité la plus large avec une « plane », à contre sens du piquet. Ainsi aucun coup de masse ne pouvait nous fendre ou nous faire éclater. Il nous a préparés à faire face avec dignité. Il a tout notre respect.

J’ai mouché mes pieux en pensant à lui. Ça sentait la bonne odeur de cèdre dans l’atelier et je dois dire que je mouchais aussi mon nez, car cela fait du bien de pleurer un ami.

Quand quelqu’un disparaît à tout jamais et que sa marque reste indélébile dans le cœur de ses proches, alors se révèle encore avec plus d’éclat la vraie valeur de l’homme. Tony n’était pas seulement notre Coach, il était notre Coach de vie.

Il m’aurait dit : « Continue de méditer » Ce que je ferai en essayant d’honorer ses enseignements. Je me souviendrai toujours de sa phrase culte bien dite en français, mais avec une petite tournure anglophone qui faisait son charme : « Donne tout mon amour à ta famille! »

Adieu Coach, adieu Tony et merci pour tout.

Marcel, Kodiak 77


Quelques rappels de la carrière professionnelle bien remplie de Tony :

Entraîneur de football, hockey, basketball, volleyball…

Éducateur au Centre de jeunesse Shawbridge (entre 1985 et 1995)

2007 Intronisé au Hall de la renommée de L’Université de Sherbrooke

Coach à vie des Kodiaks du Collège Mont-Saint-Louis

Homme intègre et lumineux pour Betty, Rose, John & Holly, Theresa, Jim, Alain, …

Marcel Desroches, promotion 1970 – 30 avril 2020