Regard sur le parcours de Jean-Pierre Davidts

Jean-Pierre Davidts, promotion 1970

Conteur et romancier, Jean-Pierre Davidts écrit depuis une trentaine d’années. Il a fait paraître au-delà de quarante titres en plus d’avoir publié dans différentes revues littéraires. Même si ses récits comportent souvent une touche d’humour, l’auteur ne prend pas la plume à la légère et son style imagé, très visuel, n’enlève rien à la qualité de l’écriture. Nul doute que Jean-Pierre Davidts est animé par la justesse des mots, mais il précise que ce qui l’intéresse par-dessus tout c’est « la mécanique du texte, l’ingéniosité de la construction, la beauté de la formule, la curiosité de l’intrigue. »

En 1987, son conte Griffedor et le dragon remporte le premier prix du concours d’écriture du Salon du livre de l’Outaouais. En 1995, il gagne le prix de la relève en littérature jeunesse Monique-Corriveau pour Contes du chat gris. En 2005, son livre Le Baiser de la sangsue est finaliste pour le Prix du Gouverneur général dans la catégorie littérature jeunesse de langue française. Jean-Pierre Davidts est aussi l’auteur de la série Les Mésaventures du roi Léon, qui comprend 17 titres, et il a publié sept tomes de la saga fantastique Les Sept larmes d’Obéron. Son livre Le Petit Prince retrouvé, paru en 1997, a connu un grand succès. Depuis 2008, l’auteur, qui a aussi publié un ou deux polars dans des collections adultes et jeunesse, collabore à l’occasion avec Soulières Éditeur. D’ailleurs, un nouveau Léon sortira à la fin de l’année alors qu’un autre est en chantier.

À propos de ces reconnaissances, l’écrivain confie : « Un lecteur qui me fait part avec enthousiasme du plaisir qu’il a ressenti en parcourant les pages d’un de mes opus me comble plus que tout honneur qu’on pourrait récolter, même si je ne suis pas insensible à de telles palmes. Peut-être parce que je m’enflamme moi-même rapidement au fil de certaines lectures et que j’adore partager cette passion. »

Si, dans ses récits, Davidts met parfois en évidence des aspects cocasses et insolites de la réalité, on perçoit aussi ce sens de l’humour chez l’homme à l’aspect calme et réfléchi. Le scientifique à l’apparence sérieuse, l’écrivain à l’allure réservée ne boude pas son plaisir en répondant à quelques questions.

Quel est le lien entre votre métier de traducteur et votre travail d’auteur ? La plume (ou l’encre, selon l’angle où on se place). Un mot sur le processus d’écriture, le vôtre : Je n’en ai aucun, dommage. Un mot sur l’importance de la littérature, de la lecture, pour vous, pour les jeunes notamment : L’évasion (et Dieu sait qu’on en a besoin de nos jours). On dit que votre amour des animaux imprègne votre œuvre… : J’ai cinq chats et je passe mon temps à leur ouvrir la porte. Ça résume bien la situation. Vous êtes probablement plus connu comme auteur jeunesse, qu’est-ce qui vous a amené là ? : Mon refus de vieillir (malheureusement, le corps ne suit pas).

La famille Davidts est arrivée au Québec en 1961. Originaire de Belgique, le couple s’est installé dans les Basses-Laurentides avec ses trois garçons. Jean-Pierre, l’aîné, inscrit en classe de 6e à l’école Jacques-Labrie, se distingue rapidement par ses aptitudes supérieures à la moyenne. C’est le père de famille, soucieux du parcours scolaire de ses enfants, qui fera la démarche nécessaire pour inscrire son fils au Mont-Saint-Louis. Le jeune de douze ans fera son entrée au collège  en septembre 1962 en Éléments latin (8e) plutôt qu’en Éléments français (7e). Ses frères Robert et Jacques le fréquenteront eux aussi par la suite. Le trajet pour se rendre au Mont-Saint-Louis durait deux heures et le garçon a intégré à son horaire ces quatre heures de transport quotidien.

Cinquante ans plus tard, plongeant dans le passé, Jean-Pierre Davidts évoque les noms de quelques enseignants. Le frère Ménard (Isidore de son véritable prénom) en versification, qui lui a fait aimer le français, le frère Alfred en anglais, madame Chlumecky, en littérature également, et Alexandre Feimer, qui lui a enseigné la physique. Notre ancien se souvient avoir joué dans la pièce Les deux sourds de Jules Moinaux, présentée dans l’amphithéâtre du collège sous la supervision de Vallon Legendre, un professeur de diction aussi responsable de la troupe de théâtre. Enfin, il se rappelle une expérience de physique ayant pour objectif de mesurer l’accélération et décrit avec amusement une utilisation originale que son partenaire de laboratoire et lui avaient imaginée, provoquant l’intervention du frère Herménégilde, le préfet de discipline.

Davidts a fréquenté le Mont-Saint-Louis de 1962 à 1970. Au cours de ces années, le jeune homme s’est lié d’amitié avec des camarades de classe ayant des intérêts semblables aux siens. C’est ainsi que le midi, ils se retrouvaient notamment pour jouer aux cartes. Jean-Pierre Davidts a beaucoup lu et écrit pendant cette période, indépendamment des exigences scolaires. Il fréquentait la librairie Tranquille, située sur la rue Sainte-Catherine non loin du Mont-Saint-Louis. À l’époque, ses écrits se résumaient à de simples pensées couchées sur le papier, sans objectif précis. Ces années de collège, il les a vécues au moment où la jeunesse étudiante était en ébullition. Le grand mouvement social issu de la France prenait place, c’était une époque de manifestations, la mixité s’invitait dans les institutions collégiales. À Montréal, c’était le moment de l’Expo 67 et de la construction du métro. Ces impressions d’une ville en effervescence et de changements de mentalités côtoient les souvenirs de ce passage au MSL. 

Après l’obtention du baccalauréat ès arts au Mont-Saint-Louis (1970), le jeune homme a fait des demandes d’admission à la faculté de médecine, à la faculté des sciences et à l’École polytechnique de l’Université de Montréal. Accepté dans les trois, il choisit de poursuivre ses études en sciences et complète un baccalauréat en microbiologie. Son parcours universitaire se termine par une maîtrise en traduction aux HEC, dans le cadre d’un programme spécial de bourses fédérales en compagnie d’autres scientifiques. Happé par la vie, il n’en rédige toutefois pas le mémoire de thèse.

De 1975 à 1984, le jeune homme travaille comme traducteur puis réviseur pour le Secrétariat d’État, à Ottawa. Ces premières années sur le marché du travail évoquent aussi de très beaux souvenirs. Davidts parle d’un milieu dynamique et stimulant, et se souvient qu’il était entouré de collègues brillants. Entre-temps, le traducteur commence à s’intéresser plus sérieusement au processus de création et en 1982 il participe à un atelier d’écriture sous la direction d’Élisabeth Vonarburg à la suite duquel il publie une première nouvelle dans la revue Solaris.

Jean-Pierre Davidts, qui a développé une expertise en traduction scientifique, travaille maintenant à son compte. Il vit dans les Laurentides depuis une dizaine d’années avec Patricia, son épouse, et se consacre à la traduction, comptant parmi ses clients le Conseil national de recherches du Canada, et, accessoirement, à la rédaction. Son fils de quarante ans, Nicolas, lui a donné deux petits-fils, Anthony et William, âgés respectivement de trois ans et de sept mois.  

Au Mont-Saint-Louis, notre ancien a profité de l’enseignement de professeurs qualifiés et passionnés. L’influence de certains a sans doute contribué à façonner l’esprit d’un homme talentueux tant dans le domaine des sciences que des lettres. Animé par son amour de la lecture et sa curiosité, Jean-Pierre Davidts semble avoir une profusion d’idées qui l’inspireront peut-être à poursuivre son œuvre. Espérons que sa volonté d’écriture perdurera et qu’il continuera à nous divertir de son imaginaire en jouant avec les mots pour assembler d’autres histoires.

Par Danièle Bélanger

Ils ont étudié au Collège

Aujourd’hui, ils s’investissent dans leur milieu

Diane Aubé 1986 : enseignante Mathématique
Danièle Bélanger 1981 : directrice de l’Association des anciens et de la Fondation
Yvan Bélisle 1990 : enseignant Science et technologie
Rose Boulanger 2012 : enseignante Éthique et culture religieuse
                                     
Marie-Noël Choquet 1997 : enseignante Français
Julie Couillard 1986 : technicienne en loisirs
Judith Courcelles 1995 : enseignante Monde contemporain
           
Geneviève Des Roches 1996 : enseignante Science et technologie
Jean-Philippe Giroux 2000 : enseignant Histoire et éducation à la citoyenneté, Monde contemporain, Éducation financière
                      
                                   
Michel Hétu 1972 : directeur des ressources financières et ressources humaines
                
Sandra Jolicoeur 1999 : enseignante Science et technologie
Dominique Laplante 1999 : enseignante Anglais
Élaine Lavoie 1978 : enseignante Français
              
Marie-France Legault 1987 : technicienne de travaux pratiques
Marc Lemire 1985 : animateur à la vie spirituelle et à l’engagement communautaire
Stéphanie Marcoux 1988 : enseignante Français
           
Amélie Mathieu 2000 : enseignante Français
Luc Morin 1981 : enseignant Physique

         

Geneviève Paré 2002 : enseignante Géographie, Histoire et éducation à la citoyenneté
Marie-Ève Perrotte 1993 : professionnelle au Soutien à l’apprentissage

 

Éric Richard 1996 : enseignant Géographie, Histoire et éducation à la citoyenneté
Antoine Therrien 1996 : directeur 2e et 3e secondaire

 

 

Décès de Tony Heffernan : Témoignage de Jean-Pierre Cuerrier

Plouffe HeffernanCuerrier Gauvreau
Tony Heffernan, Robert Gauvreau, Pierre Plouffe et Jean-Pierre Cuerrier

Personnellement, j’ai d’abord côtoyé Tony Heffernan pendant mes 8 années au Collège MSL; il m’a souvent aidé, à sa façon, du point de vue conditions physique et psychologique, à me préparer aux saisons de basketball. On ne disait pas non à ses entraînements, même si ça bouillait intérieurement. Une anecdote: après une pratique intense de basketball orientée sur de la contre-attaque rapide et de la course, avec coach Jean-Guy Bédard, j’étais seul dans le gymnase pour décompresser et effectuer quelques lancers, Tony y est entré et a exigé de moi des « ciel et enfer »s, au point de dégueuler; il m’a dit alors: « Tu vois, tu n’es pas en forme! » Je lui ai mentionné: « Est-ce que ça aurait changé quelque chose de vous dire le genre de pratique qui a précédé? »; sa réponse, de son franglais habituel: « Non! Mais continue de bien travailler! Je sais maintenant que tu peux en donner plus! À demain, mon ami! »

Au Collège, comme responsable de la Société Sportive en 1968-1969, je me suis retrouvé à le côtoyer également sous un autre angle. Celui d’une personne de principes, qui défendait les valeurs d’équité entre les équipes sportives et qui voyait chez les jeunes adolescents de l’art brut à peaufiner et des personnes destinées à bâtir une société future solide et non malléable à tout vent. À l’Université de Sherbrooke, il a continué la promotion de ces valeurs, entre autres face à des équipes universitaires qui dérogeaient subtilement aux règles du « fairplay » et qui faisaient en sorte que les rencontres sportives devenaient inégales. Autres temps, autres moeurs! 

De retour des mes études doctorales, j’ai eu Tony comme étudiant dans certains de mes cours universitaires. Il était vu comme l’adulte qui retourne sur les bancs d’école, mais qui a un « je ne sais quoi » qui fait réaliser que toute bonne chose a ses obstacles et que bien que la perfection n’existe pas, il est primordial d’y tendre. Il a sûrement aidé plusieurs jeunes adultes qui se cherchaient face à leur nouveau statut d’étudiant universitaire. C’était par contre un autre monde pour lui et ce ne fut pas de tout repos; il n’est pas facile pour un passionné, opiniâtre, et quelque fois entêté, d’évoluer dans un milieu si changeant des années 70’s.

Nous sommes devenus des amis, et non plus en relation joueur-coach ou professeur-élève. Des discussions animées sur l’éducation autour d’une bière ou d’un café, des sorties de jogging LSD (Long Slow Distance), des services rendus de part et d’autres (trouver un appartement pour lui et Betty à leur retour de l’ouest du pays, l’engager dans mes projets de recherche), et des rencontres festives (un peu plus tranquilles avec le temps) durant ses visites à Sherbrooke ou à Montréal, sans oublier les tournois de golf ensembles.

Avec les années, je le voyais encore plus réflexif qu’avant, se questionnant sur son passé et son présent. Nous avons souvent discuté sur les bienfaits de la méditation pour lui. Loin d’être toujours en accord, jamais il y a eu jugement, et toujours beaucoup de respect. Nos deux appels téléphoniques, le mois avant son décès, resteront gravés longtemps dans ma mémoire: confinement quelque peu difficile pour lui, mais aucune plainte formelle, quelques mots sur son amie Rose et ses anciens Kodiaks, échange d’anecdotes qui nous ont bien fait rire, toujours de bons mots pour ma conjointe, et un « Je t’aime » bien senti avant de raccrocher.

Homme passionné, homme contesté, homme bon, homme d’influence.

Il a laissé sa marque et influencé de nombreux jeunes. Il m’a déjà dit: « Je sais que je n’ai pas la vérité, mais je fonce. À chacun d’en retirer les leçons qui en feront leur vie ».

Merci, collègues, amis(es), d’avoir pris le temps de me lire.

Jean-Pierre Cuerrier, Ph.D.

Promotion 1969, MSL

Professeur titulaire à la retraite, Université de Sherbrooke

 

Adieu « Coach »!

 

Par Marcel Desroches, promotion 1970

Tout le monde l’appelait Tony, il s’appelait Anthony Heffernan. À 86 ans, il nous a quittés non sans laisser une trace indélébile dans nos cœurs.

Grand, solide, irlandais d’origine, il a dirigé, dans les années soixante, d’une main de fer l’équipe de football des Kodiaks du Collège Mont-Saint-Louis pendant presque une décennie. Avant son arrivée au Collège, il avait fait ses classes et ses preuves avec des équipes de football de Montréal-Nord, il prenait le soin de souligner qu’à l’époque le titre même d’enseignant en éducation physique n’existait pas.

Ensuite, à l’université de Sherbrooke il entraîne plusieurs équipes sportives, football, hockey, etc. Autres temps, autres mœurs : Il doit compléter ses études pour avoir le droit de continuer à entraîner des équipes sportives dans le milieu éducatif québécois. À Sherbrooke, il suit certains cours donnés par un de ses anciens joueurs, Jean-Pierre Cuerrier.  Il complète ses études à l’Université d’Ottawa où il insiste pour passer ses examens en français même s’il a le droit de les faire en anglais. Il m’a dit que ses notes en souffraient, mais qu’il n’était pas question de faire autrement, suite logique, car au Collège il insistait pour qu’on s’adresse à lui en français.

Lorsqu’il était à Ottawa, Il a dirigé un club de hockey pour jeunes. Il a eu maille à partir avec certains parents, car Tony donnait du temps de glace à chacun, avait une discipline stricte qui visait l’esprit d’équipe et non le vedettariat. À son retour à Montréal vers 1980, ses papiers officiels n’ouvrant pas toutes les portes, il était, à ses heures, peintre en bâtiment. Il a participé en 1982 à la mise sur pied de l’équipe de football Georges Vanier de Montréal avec l’aide de Luc Laurent un ancien des Kodiaks qu’il appelait affectueusement Kid. Puis il a laissé sa marque à titre d’éducateur au Centre de Jeunesse Shawbridge de 1985 à 1995, date où il a pris sa retraite. Son nom demeure gravé dans la mémoire de beaucoup de jeunes qu’il a aidés tout comme celui de ses confrères messieurs Sheldon Segal et Michel Métayer et bien entendu celui de Betty Davis sa compagne qui est décédée depuis et qu’on surnommait « The Mum of all the Kids ». Il a touché à tout, mais son cœur était à l’enseignement, à la transmission du savoir et il me disait toujours : « Ce qui est intéressant dans la vie c’est que je suis en apprentissage permanent. »

Je peux témoigner qu’il a changé avec le temps. Il était devenu presqu’un ascète où sa seule boisson était de l’eau chaude, où l’entraînement quotidien consistait à gravir les marches de sa Tour de (17) étages à répétition à pied et à faire de la méditation plus de quatre heures par jour. Il s’en voulait même de nous avoir fait tant souffrir lors de nos pratiques de football. Cela m’amène à l’essentiel : ces pratiques de football qu’il rendait plus difficiles que les parties et où il était impitoyable, où nous avons tant appris sur nous-mêmes. Sa philosophie se résumait à ceci, quand l’autre équipe sera épuisée, nous on commencera à peine à l’être. IL nous parlait constamment de fierté, il a même créé un « pride room » pour méditer avant nos parties. Le dénominateur commun à ses actions est l’amour qu’il portait à ses joueurs.  Il a toujours cru que la façon la plus efficace d’aider quelqu’un à traverser une épreuve était de lui dire qu’on l’aime.

Tony était de façon naturelle un bon enseignant et un bon pédagogue. Il a su garnir notre coffre d’outils. Il a eu dans ses rangs des Serge Bouchard, Claude Mailhot, Gilles Duceppe, Pierre Plouffe, Marc Simard, tous des champions à leur manière. Et combien d’autres comme moi Marcel Desroches qui ai utilisé ses enseignements tout au long de ma vie.


 

Comme je connaissais bien l’homme, on m’a suggéré d‘écrire un texte à sa mémoire. Je ne suis pas écrivain et pendant que j’étais à « moucher »  mes pieux de cèdres, voici comment ce texte est venu à moi.

Tout comme les Anciens, Tony avait l’œil. Il savait qu’on était fait de bon bois. Il devinait nos forces et aussi nos faiblesses. Il élaguait l’arbre, lisait la ligne du bois. Il nous obligeait à pousser droit et à bien vieillir. Pareil au choix d’un bon et solide pieu de cèdre, pour être sûr qu’on ne brise pas quand on nous masse sur la tête, il a fallu « moucher » l’extrémité la plus large avec une « plane », à contre sens du piquet. Ainsi aucun coup de masse ne pouvait nous fendre ou nous faire éclater. Il nous a préparés à faire face avec dignité. Il a tout notre respect.

J’ai mouché mes pieux en pensant à lui. Ça sentait la bonne odeur de cèdre dans l’atelier et je dois dire que je mouchais aussi mon nez, car cela fait du bien de pleurer un ami.

Quand quelqu’un disparaît à tout jamais et que sa marque reste indélébile dans le cœur de ses proches, alors se révèle encore avec plus d’éclat la vraie valeur de l’homme. Tony n’était pas seulement notre Coach, il était notre Coach de vie.

Il m’aurait dit : « Continue de méditer » Ce que je ferai en essayant d’honorer ses enseignements. Je me souviendrai toujours de sa phrase culte bien dite en français, mais avec une petite tournure anglophone qui faisait son charme : « Donne tout mon amour à ta famille! »

Adieu Coach, adieu Tony et merci pour tout.

Marcel, Kodiak 77


Quelques rappels de la carrière professionnelle bien remplie de Tony :

Entraîneur de football, hockey, basketball, volleyball…

Éducateur au Centre de jeunesse Shawbridge (entre 1985 et 1995)

2007 Intronisé au Hall de la renommée de L’Université de Sherbrooke

Coach à vie des Kodiaks du Collège Mont-Saint-Louis

Homme intègre et lumineux pour Betty, Rose, John & Holly, Theresa, Jim, Alain, …

Marcel Desroches, promotion 1970 – 30 avril 2020

29 Janvier 2008, un jour mémorable pour moi…

Yvan Bordeleau, promotion 1963

Y Bordeleau

Quelques mois après le début de ma retraite, j’apprends que l’assemblée générale des membres de l’Association des anciens du Mont-Saint-Louis aura lieu quelques jours plus tard au Collège sur le boulevard Henri-Bourassa. Comme ancien du Mont-Saint-Louis de la rue Sherbrooke, j’ai eu plusieurs fois l’occasion de passer devant le « nouveau » collège sans trop m’y identifier… mais, à tout hasard, je décide alors d’y assister par curiosité !  En entrant dans le collège, je suis surpris, avec une certaine émotion, de voir que ce hall fait place à de quelques vitrines mettant en évidence de nombreux souvenirs de « l’ancien » collège et de plusieurs anciens  du MSL. Je perçois alors que pour la direction, les responsables de l’Association des anciens et les professeurs, le Collège Mont-Saint-Louis a alors une histoire unique de plus de 125 ans.

Se tient ensuite l’assemblée générale qui fait alors état des rubriques et bilans habituels pour ensuite élire un nouvel exécutif. On m’invite alors à y participer et je décide d’accepter cette invitation probablement influencé par l’attachement que j’ai quelques heures auparavant pu observer entre le Mont-Saint-Louis du boulevard Henri-Bourassa et celui de la rue Sherbrooke. Au moment de la réunion des membres du conseil d’administration, c’est l’heure du partage des responsabilités entre les membres du nouvel exécutif. Je manifeste alors mon intérêt pour prendre en charge la publication de la revue des anciens du collège pour apprendre alors que, depuis quelques années, notre revue n’a pas été publiée. Je conviens à ce moment de revenir à la prochaine réunion avec une proposition plus précise.

Je propose donc de publier, trois fois par année, une revue sans prétention de huit pages mais de le faire de façon très régulière afin de rétablir le lien avec tous les anciens du Collège  que ce soit ceux de la rue Sherbrooke ou du boulevard Henri-Bourassa. Je favorise évidemment de concevoir cet outil de communication en mettant en évidence que c’est toujours la poursuite de l’histoire du même Mont-Saint-Louis qui s’est déroulée sur deux sites différents. Notre revue devait donc être le reflet de la vie des anciens MSL, représentatifs des deux phases de la vie de notre institution qui a débuté en 1888 et qui se poursuit maintenant depuis plus de  132 ans.

Depuis le début de cette aventure, nous avons effectivement publié, à trois reprises chaque année, sans interruption si ce n’est un seul écart (décembre 2019)  à cette politique pour des raisons hors de notre contrôle. C’est donc plus de 36 numéros de notre revue « Les anciens… » qui permis de maintenir le contact avec tous nos anciens collègues, de revitaliser notre réseau et de manifester notre fierté d’être des anciens du Mont-Saint-Louis. Nous y avons traité de l’âme et de l’histoire de notre Collège,  du succès de certains anciens, de nouvelles de la vie étudiante, des projets de développement, de la disparition inévitable de nos anciens collègues, etc. En plus de la publication de notre revue, signalons que les exécutifs successifs de l’Association des anciens du Mont-Saint-Louis ont misé simultanément sur diverses activités pour consolider l’esprit MSL et nous pensons ici à la nomination annuelle au Panthéon d’un ancien qui s’est particulièrement  illustré dans sa carrière et aux retrouvailles organisées en mai de chaque année. J’ajouterais également que j’ai eu le grand privilège d’avoir été à l’origine de ce projet qui fut accepté par la direction et d’avoir  pu investir beaucoup d’efforts dans la rédaction du livre publié à l’occasion du 125e anniversaire du Collège Mont-Saint-Louis. Ce fut un ouvrage de collaboration exceptionnel avec de nombreux anciens et membres du corps professoral du collège.

Après de long cheminement de 2007 à 2020, je pense que le moment est venu pour moi de passer le flambeau à une autre personne qui saura poursuivre la publication de notre revue afin de maintenir le lien avec tous les anciens, de les tenir informer concernant les nouvelles concernant les anciens et la vie du collège mais certainement aussi de faire évoluer la revue dans le cadre des développements technologiques importants et de l’essor des médias sociaux.

Bien modestement, je reconnais que, depuis 13 années, la publication de notre revue n’aurait pas été possible sans le soutien indéfectible de nombreuses personnes, notamment les directeurs André Lacroix et Sylvie Drolet, les présidents de notre Association Michel Hétu et Louis Nolin. Un grand merci également à celle avec qui j’ai eu le plaisir de travailler étroitement depuis près de 10 années, Danièle Bélanger, ainsi qu’à tous les anciens du collège qui y ont contribué à l’occasion en prenant la plume. Merci à tous et longue vie à « Nous les anciens… »

 

 

Message de François Trahan, promotion 1986

Le stratège boursier François Trahan a accepté la présidence d’honneur de la campagne majeure de financement. Ne pouvant assister au lancement de la campagne qui de tenait le 2 mai 2017, il a rédigé un très beau témoignage, démontrant son attachement au Mont-Saint-Louis et son appui à la Fondation du Collège.

Chers amis,

C’est avec beaucoup d’humilité que j’écris ce texte. Je le fais, car je crois fermement que le soutien des anciens peut jouer un rôle important dans l’avenir du Mont-Saint-Louis.

J’aurais évidemment aimé me joindre à vous pour le lancement de la campagne majeure de financement, mais malheureusement une obligation professionnelle me retient à Boston. Je sais toutefois, par Mme Rioux-Morency, que vous êtes bien entourés notamment, par la présence de Julie Payette.

Je n’aurais jamais imaginé, en quittant le Mont-Saint-Louis en 1986, que je serais un jour en mesure d’apporter mon appui au Collège. Rien dans mon parcours ne suggérait à l’époque que je serais en mesure de le faire.

À l’adolescence, c’est parfois difficile d’apprécier l’éducation que l’on reçoit. Personnellement, j’ai compris la qualité de l’enseignement que j’ai reçu au MSL et son influence sur mon cheminement professionnel, beaucoup plus tard dans la vie.

Je sais maintenant que mon parcours au Mont-Saint-Louis m’a fourni plusieurs outils qui me servent encore aujourd’hui. D’ailleurs, il y a deux éléments que je retiens plus partciulièrement de l’enseignement que j’ai reçu au Collège. D’abord, on m’appris à être organisé tout en restant indépendant. Deuxièmement, je retiens l’expérience sociale ou le développement social car le Collège favorisait et facilitait les liens d’amitié. À ce jour, mes meilleurs amis sont presque tous des anciens, dont plusieurs que j’ai rencontrés au camp des 48 heures.

Je me souviens aussi du mentorat de certains enseignants. Je remercie d’ailleurs M. Boileau et son complice, M. Lepage pour leurs précieux conseils.

Ceci m’amène à la philanthropie. J’ai appris une importante leçon de vie quand je me suis joint à l’entreprise Bear Stearns, en 2002. À l’époque, on devait, à titre d’associé, remettre 4% de notre rémunération à des fins philanthropiques. De prime abord, je trouvais la demande exigeante, MAIS, j’ai appris avec le temps qu’un geste charitable apporte beaucoup plus que toutes dépenses. Je l’ai appris « sur le tard », mais j’espère en faire cadeau à mes enfants et c’est avec cet esprit que j’ai répondu à l’appel de Mme Rioux-Morency et de l’Association des anciens.

J’espère sincèrement que mes enfants pourront eux aussi vivre l’expérience Mont-Saint-Louis un jour. La vie décidera si c’est réaliste.

D’ici là, je ferai mon petit bout de chemin pour contribuer à ce que le Collège soit là pour les générations futures. Je demande à tous les anciens de s’impliquer et de faire eux aussi leur petit bout de chemin pour aider cette merveilleuse cause.

Un gros merci à Lucienne Rioux-Morency et à vous tous réunis pour le lancement de la campagne de financement. En espérant vous croiser à la prochaine occasion.

Avec beaucoup d’humilité,

François Trahan

Au Mont-Saint-Louis de père en fils : Lucien et André Bergeron

Par Danièle Bélanger

Lucien Bergeron a fréquenté le Mont-Saint-Louis sur la rue Sherbrooke à la fin des années trente (promotion 1939). Trente ans plus tard, son fils André a choisi de compléter le cours classique au Collège Mont-Saint-Louis sur le boulevard Henri-Bourassa, dans les locaux de l’ancien Collège Saint-Ignace. Si l’attachement du fils à cette institution provient beaucoup du fait que son père l’a fréquenté et y a reçu une solide formation, il n’en demeure pas moins que cette année 1969-1970 qu’il a passée au Collège lui a permis de vivre des expériences scolaires, humaines, sociales et… politiques enrichissantes.

Lucien Bergeron, des mots offerts à ses descendants

Lucien Bergeron 2

Lucien Bergeron était originaire du Saguenay. Son père Eugène, gérant du moulin pour la Price Brothers est décédé prématurément, laissant sa femme responsable d’une famille de neuf enfants. Deux de ses frères avaient déjà fréquenté le Mont-Saint-Louis lorsque la famille aménagea à Montréal et c’est ainsi que le jeune Lucien se retrouva aussi à étudier auprès des frères des Écoles chrétiennes.

Élève talentueux, au Mont-Saint-Louis Lucien Bergeron s’est notamment démarqué par sa plume. S’intéressant tant aux sciences qu’à la littérature, le jeune homme profitait de toutes les occasions pour s’exprimer par écrit. Il était d’ailleurs habile pour écrire en alexandrins rimés sur différents sujets.  Outre quelques textes publiés dans la Revue M.S.L., la famille a la chance d’avoir hérité de précieux documents contenant différents écrits de leur père : journal intime, lettres d’amour consignées dans un cahier, travaux divers, et autres textes présentés sous différentes formes. Ainsi sur Menaud Maître-Draveur, une critique étoffée et un poème de huit strophes.

Dans ses cahiers reliés, on retrouve quelques poèmes intitulés « Ma mère ». André, le fils de Lucien, a plaisir à raconter que certains de ces textes ont été écrits pour des confrères de classe en manque d’inspiration ! Lire ses différents manuscrits, c’est se plonger dans une époque, constater l’influence d’un enseignement rigoureux, apprécier une ouverture sur le monde. Lucien Bergeron raconte ce qu’il vit, décrit la nature qui l’entoure, critique un livre ou une exposition, parle des personnages importants de son époque, se laisse parfois inspirer par un poète reconnu, rend hommage à son père, exprime son amour et son admiration pour sa mère, et ce très souvent avec des rimes.

Après le Mont-Saint-Louis, Lucien Bergeron a complété une Licence en sciences économiques, à l’époque où Monsieur Édouard Montpetit était doyen de la Faculté des sciences sociales, économiques et politiques de l’Université de Montréal. Il a par la suite fondé et dirigé l’office municipal du Tourisme de Montréal.

André Bergeron

André Bergeron

© A. Abbondanza-Bergeron

André Bergeron a étudié à l’École Sauvé de la Commission scolaire de Montréal offrant alors le cours classique. À l’automne 1969, il s’inscrit au Mont-Saint-Louis et devient membre du premier Conseil d’administration du Collège récemment constitué en Association coopérative. Le C.A. était alors formé de parents, de membres du personnel et de la direction ainsi que de deux élèves, André Bergeron et Richard Donohue. À l’ordre du jour notamment, ces sujets intéressant particulièrement les représentants des élèves : le « costume », la chevelure, et l’allure générale. André Bergeron se souvient de Robert Brunette qui était alors directeur des élèves, du Frère Bettez, directeur pédagogique et de Claude (Boutin) Du Parc, responsable des finances. Pour le Mont-Saint-Louis, c’était une première année d’existence dans un nouvel édifice avec une nouvelle structure administrative. Au printemps 1970, il y eut tout de même une classe neige pour le plus grand bonheur de plusieurs élèves.

Pour André Bergeron, le Mont-Saint-Louis se résume ainsi : accès à la culture de base sur les plans musical, politique, philosophique et religieux, ouverture et « tout est possible ».

Dans l’aile Papineau se retrouvait le bureau de l’aumônier et la grande salle et dans l’aile Saint-Joseph, confidence surprenante…

André Bergeron se souvient avoir assisté à des prestations musicales intéressantes présentées par des groupes marginaux de l’époque, organisées par nul autre qu’Alain Simard. En effet, Alain Simard a fait son cours classique au Collège Saint-Ignace et c’est là qu’il a présenté ses premiers concerts au cours de l’année 1969-1970. La Clef (café-spectacle sans but lucratif) a été fondée cette année-là et c’est au sous-sol de l’aile Saint-Joseph que les premiers concerts furent présentés.

André Bergeron raconte : « Peu de temps après, le futur producteur a déniché un autre local à Montréal, dans le Vieux-Montréal, grâce à l’aide de …. mon père Lucien Bergeron, à qui j’avais demandé  de rencontrer Alain Simard, question permis, pompier, etc.  La rencontre fut mémorable ! »

André Bergeron est psychologue. Détenteur d’un BA de l’Université McGill, d’une maitrise de l’Université de Montréal et d’un doctorat de l’Université Concordia, il s’est intéressé à plusieurs volets de sa profession. Il a enseigné aux niveaux collégial et universitaire et a œuvré comme chercheur, intervenant et formateur dans plusieurs hôpitaux. Il est également psychologue clinicien en pratique privée. Notre ancien s’intéresse aussi au domaine maritime et signe plusieurs articles sur le sujet dans des revues d’ici et aux États-Unis. Il a même publié un livre sur le sujet en 2005.

Le 22 février 2018, André Bergeron a pris plaisir à revisiter le Mont-Saint-Louis, en particulier l’aile Saint-Joseph, où plusieurs locaux ont évoqué pour lui de nombreux souvenirs. Ce jour-là le psychologue a raconté son histoire sans réserve, tout à fait à l’aise de se confier à son tour… Deux mois plus tard, le 19 avril, il acceptait de revenir au Collège en participant à la Journée carrière destinée aux élèves de la 4e secondaire.

À l’AAMSL nous constatons souvent l’attachement que nos anciens ont pour le Mont-Saint-Louis. Chaque histoire de vie est différente et agréable à entendre et chaque rencontre contribue à enrichir notre communauté.

 

Maurice Lalonde, promotion 1948

maurice lalonde

En mai 2012, Lucienne Rioux-Morency, présidente de la Fondation et Danièle Bélanger, directrice de l’AAMSL et de la Fondation, ont rendu visite à monsieur Maurice Lalonde.

« Si un jour j’écris ma biographie, elle s’intitulera In search of an education. »
Maurice Lalonde incarne la satisfaction d’une vie accomplie. Même si le décès de sa femme en 1996, la mère de ses huit enfants, a laissé derrière lui une époque révolue,
il a trouvé la force de survivre à cette épreuve. À 82 ans, cet homme agréable a noté ses
souvenirs sur plusieurs pages manuscrites afin de préparer la rencontre avec les représentantes de son Collège.

Kingston, le 30 Mai 2012
La journée est magnifique, notre hôte est digne, bien mis, et nous fait bon accueil. Nous
sommes là pour parler du Mont-Saint-Louis, mais aussi de la vie bien remplie d’un ancien qui doit beaucoup à des parents attentifs à offrir une éducation de qualité à leurs enfants et à des frères qui ont accompli leur mission avec brio.

Les frères des Écoles chrétiennes : une communauté religieuse soucieuse d’offrir des services scolaires de qualité dans les milieux ouvriers. À Montréal, les écoles Saint-Henri, Saint-Laurent, Saint-Jacques et Sainte-Cunégonde offraient un enseignement primaire accessible à la communauté. Dans les années quarante, ce dévouement et cette attention particulière pour les enfants des familles de travailleurs démontraient déjà la modernité du projet éducatif des frères des Écoles chrétiennes.

En 1942, la famille Lalonde a fait le choix de revenir s’établir à Montréal, quittant la petite ville de Bedford dans les Cantons de l’Est, sachant que l’éducation serait ainsi plus
accessible à leur progéniture.

L’importance des bourses d’études
« Si je n’avais pas eu cette bourse, ma vie aurait été complètement différente ».
Le Mont-Saint-Louis fondé en 1888 à Montréal est le premier établissement d’enseignement secondaire bilingue de formation commerciale et
scientifique pour les garçons. Si ce collège accueillait plusieurs enfants issus de familles
aisées, des bourses d’études permettaient à des jeunes provenant de milieux plus modestes d’y accéder. Les élèves des classes de neuvième année fréquentant les écoles des frères des Écoles chrétiennes pouvaient prendre part à un concours institué chaque année leur permettant de bénéficier d’une bourse de quatre années d’études au Mont-Saint-Louis. Maurice Lalonde a eu la bonne fortune d’accéder ainsi aux études secondaires. Le jeune homme a alors poursuivi une certaine tradition familiale puisque plusieurs garçons Lalonde avaient fréquenté le Mont-Saint-Louis. Contre vents et marées, Maurice Lalonde a complété son cours scientifique, diplôme qui lui ouvrait entre autres les portes de l’École Polytechnique. Mais le choix d’une carrière militaire, une décision liée à un attrait irrésistible pour l’aviation l’amènera d’abord au Collège militaire Royal Roads à Victoria, puis au Collège militaire Royal du Canada à Kingston. Il faut dire que le Mont-Saint-Louis possédait déjà une certaine tradition militaire, la participation au corps de cadet étant obligatoire. En 1952, Maurice Lalonde se marie à Montréal avec une jeune fille de la Colombie-Britannique. Ensemble ils fonderont une famille et s’établiront dans diverses régions du pays et même en Europe. Ils vivront dix-sept déménagements et plusieurs vacances en camping, question de voir encore du paysage.

La carrière
Maurice Lalonde est ingénieur aéronautique, il a pris part à plusieurs envolées et
a fait partie du Quartier général de l’aviation à Ottawa. Son regard s’illumine lorsqu’il
nous parle de l’Arrow, l’avion qui devait devenir la plus grande réussite aéronautique
canadienne, mais qui a été sabordé par le premier ministre Diefenbaker. Il a été officier
de génie aéronautique, gérant de projet au Quartier général et assistant du général en
charge du génie aéronautique à Ottawa. Il a enseigné les mathématiques au Collège
militaire de Saint-Jean et il a été conseiller municipal (deux termes) échappant à la mairie en raison d’un déménagement. Un souvenir particulier lié au parcours professionnel? Sans hésitation, monsieur Lalonde parle d’une envolée au-dessus
du cercle polaire en 1960 alors que la surface observée était couverte de glace (ce qui n’est plus le cas présentement). Ce vol sans système radio permettant l’essai technique du nouveau système de navigation ANTAC fut effectué à la mi-août alors que le soleil et la lune ont rendez-vous. Maurice Lalonde a fait partie d’une petite équipe de pionniers dans le domaine de l’aviation canadienne. Et parallèlement à ces nombreux engagements professionnels, monsieur Lalonde a été très impliqué au sein du monde
de l’escrime : compétiteur, instructeur (maître d’arme) et responsable de l’organisation et de la gérance des compétitions d’escrime aux Jeux olympiques de Montréal en 1976.

Une retraite méritée
1984 : le début d’une retraie active, dans les Cantons de l’Est d’abord où le père de
famille avait trouvé le temps d’aménager une demeure pour les siens puis sur une ferme à Yarker près de Kingston, une terre de 125 âcres où monsieur Lalonde a finalement passé les plus belles années de sa vie auprès de sa compagne Daphnée. Ils élevaient les poulets et offraient le gîte à des amis et des connaissances. Elle jardinait, il s’occupait de la production de cidre de pomme pour le plaisir et de sirop d’érable plus sérieusement. Déclaré champion à la suite de sa participation à un championnat du monde, une
compétition qui se tenait à Toronto, Maurice Lalonde a introduit le sirop d’érable et les produits de l’érable dans la région de Kingston.

Et maintenant…
Le père, le grand-père, l’homme engagé, toujours préoccupé par les questions politiques et linguistiques trouve à bien remplir ses journées en réalisant des projets et en s’impliquant dans des causes qui lui tiennent à cœur. Il est fier d’avoir accompli un projet d’envergure pour ses descendants : Maurice’s Photo Legacy est un document
DVD présentant 3 000 images identifiées, issues d’une collection de 10 000 photos. Puis, à la suite de la maladie qui lui a enlevé sa bien-aimée beaucoup trop tôt, il s’implique activement au sein de l’organisation Death with dignity, soucieux de défendre cette
cause et de sensibiliser d’autres personnes à cet enjeu social et humain très important.

L’après-midi tire à sa fin. Nous avons le choix entre un verre de Sherry et une visite guidée de la ville dans une PT Cruiser rouge. La raison l’emporte et nous voilà partis pour le tour de Kingston, visite de la base militaire et du Fort Henry en prime.
D’autres souvenirs, d’autres anecdotes dans un décor splendide sur les rives du lac Ontario. Nous avons eu la chance de partager un très beau moment avec un ancien toujours attaché à l’institution qu’il a fréquentée il y a plus de soixante ans, un homme qui a bossé toute sa vie, fort de l’instruction et de l’éducation reçue, un don de ses parents et d’un Collège.

Le Mont-Saint-Louis
Maurice Lalonde se souvient du frère Jean et de la physique, du frère Robert et des mathématiques, du frère Roméo et de la littérature, du frère Victor et de l’anglais, du frère Gédéon, gradué de l’École des Beaux-Arts, et des cours de dessin, du frère Uzeb
responsable de la discipline et Major dans l’armée de réserve et enfin du frère David, professeur de chimie puis directeur. Le diplômé du cours scientifique est encore aujourd’hui émerveillé de la formation à laquelle il a eu droit : deux ans de philosophie et deux ans de latin, un enseignement bilingue prodigué par des hommes perfectionnistes et rigoureux sans êtres obsessifs et obtus. S’il a enseigné la trigonométrie sphérique à des élèves de première année à l’Université, Maurice Lalonde sait que c’est en 1re Sciences qu’il a abordé cette notion pour la première fois, au Mont-Saint-Louis. Enfin, si l’ouverture d’esprit caractérisait plusieurs instituteurs, pour Maurice Lalonde et sa famille, c’est chez le frère David qu’elle a pris tout son sens ; un directeur moderne et soucieux du bien-être de ses protégés.

Nous les anciens, septembre 2012

Yannick Nézet-Séguin, promotion 1992

Le Collège Mont-Saint-Louis a mené, en 130 ans d’existence, des milliers d’élèves vers la réussite et le dépassement de soi. C’est tout un honneur d’y avoir étudié !

Yannick Nézet-Séguin.jpg

À l’intérieur d’une éducation de haute qualité et à la fine pointe des changements sociétaux multiples, le Mont-Saint-Louis a su réserver une place au rêve. C’est l’éducation, très certainement, mais aussi le rêve, qui propulsent les jeunes vers la réalisation de leurs idéaux !

Pour ma part, 25 années de rêve se sont écoulées depuis l’étude du Vaisseau d’or de Nelligan, en passant par le Vaisseau fantôme de Wagner… durant lesquelles je suis chaque jour reconnaissant au Collège Mont-Saint-Louis et à mes professeurs formidables.

Félicitations et merci à tous !

Yannick Nézet-Séguin, C.C; O.M; D.H.C.

Music Director, The Philadelphia Orchestra

Music Director, The Metropolitan Opera of New York

Directeur artistique et Chef principal, Orchestre Métropolitain de Montréal

Honorary Conductor, Rotterdams Philharmonisch Orkest

Honorary Membre, Chamber Orchestra of Europe

Texte publié dans le programme-souvenir du spectacle Nelligan de retour au MSL présenté le 8 novembre 2018

Olivier Marchand, promotion 1947

C’est à titre de poète que me voilà associé à cet événement Nelligan.  Ce qui n’est pas mince affaire, puis-je dire.  Mais le Mont-Saint-Louis, en 130 ans, n’est pas là pour s’en étonner.  Déjà, il avait accueilli Nelligan.  Pourquoi pas Olivier Marchand?  Pourtant, la vocation du collège était plutôt scientifique et commerciale, quand j’y suis entré, mais le gros bataillon de Frères était en mesure de ne rien négliger sur le plan de la culture générale.Olivier Marchand 2

La bibliothèque du collège était un lieu privilégié et les cours de littérature occupaient une place importante.   Donc, tout en maniant l’algèbre et les cornues, j’ai pu, rue Sherbrooke, donner libre cours à mes élans poétiques et la revue MSL était là pour diffuser mes écrits.

Et j’étais peut-être stimulé par les mânes d’Émile et autres grands esprits hantant les corridors du vieux collège.  Si bien, qu’en 2013, dans le bel ouvrage résumant les 125 ans d’histoire du MSL, j’eus droit à une place de choix, au détriment de Nelligan.  Mais, cinq ans après, l’équilibre est rétabli. Nelligan est célébré comme il se doit en tant qu’Ancien.

À mon arrivée au Mont-Saint-Louis, en 1940, le collège avait à peine plus de 50 ans mais, à mes yeux de 12 ans, il paraissait déjà bien vénérable.

Partout, des escaliers monumentaux aux marches creusées par les pas impatients de centaines de jeunes gens.

Les vieux murs avaient quelque chose de rassurant, prenant exemple, si l’on peut dire, sur nos maîtres si dévoués.

C’est là, rue Sherbrooke, au coeur d’un quartier qui n’a pas tellement changé que j’ai écoulé sept années.

Nelligan vécut comme moi dans ce quartier et j’ai été habité, comme lui, de phantasmes que les bons frères surent contenir en me faisant réfléchir par l’étude de la philosophie et des grandes oeuvres de la littérature mondiale.

Aujourd’hui, pour bien des raisons, je suis honoré de m’associer à ce moment de la vie d’une grande institution d’enseignement, en compagnie d’un grand poète que je salue bien bas…

Texte publié dans le programme-souvenir du spectacle Nelligan de retour au MSL présenté le 8 novembre 2018